Dessiner quelqu'un qu'on connaît, comme c'était le cas pour ce portrait, est ingrat. Les défauts de ressemblance nous sautent aux yeux. C'était de surcroît la première fois que je dessinais un adulte.

        En eux-mêmes,  les visages d'adultes offrent une plus grande variété de caractéristiques, plus d'amplitude dans les proportions des traits, plus d'irrégularités, et se différencient donc plus les uns des autres que ceux des enfants. De surcroît la personnalité qui les anime finit par les modeler, faisant se correspondre un peu, à la marge, le visage et le caractère. La tâche du portraitiste devrait en être énormément facilitée.

Mais au contraire, rendre la rensemblance d'un adulte présente beaucoup de difficultés, de tact et de circonspection.  

Un enfant aime son visage. Sereinement, avec évidence, sans narcissisme, il se trouve beau. Je ne sais pas s'il a en tête un canon de beauté, mais même s'il en avait un, le canon esthétique dont nous sommes nourris se rapproche du visage enfantin, au petit nez, aux grand yeux, à la peau lisse. Et même si un mitraillage parental quotidien a rendu mes petits modèles indifférents à leur photo, le dessin les déstabilise et es émerveille; ils sont toujours ravis par leur portrait comme devant un tour de magie, admirant le "bien fait" de la ressemblance.

Mais passés douze ans, les gens ont rarement l'apparence qu'ils voudraient avoir, et qu'ils pensent avoir; et ils projettent sur leur portrait dessiné la même inquiétude que sur leur photographie. Jeunes, c'est l'inquiétude de la beauté qui domine, puis, rapidement, celle de la jeunesse. S'il reproduit sans ménagement les traits du visage et les irrégularités qui le rendent particulier (yeux enfoncés, nez bosselé, menton carré...), le portraitiste risque de froisser le modèle. Il faut au contraire atténuer, lisser, plonger dans l'ombre ou fondre dans la lumière; mais conserver l'exactitude absolue à ce qui ne souffre pas l'altération, le regard.

portrait homme fusain

Bref, vous avez ici un portrait de mon papa à 45 ans, dessiné à partir d'une photo à 35 ans vieilie. J'ai vidé un encadrement Louis XVI de sa lithographie criarde pour le réutiliser :

portrait homme encadré

Le papier du passe-partout avait jauni, le lavis était d'un beige fadasse et le filet doré complètement oxydé. Après avoir gommé le papier avec de la gomme mie-de-pain, j'ai retrouvé le blanc d'origine; puis j'ai repeint le lavis en vert à l'aquarelle et recouvert les taches d'oxydation avec une peinture dorée géniale ( celle-ci, pebeo).

portrait marquise passe partout filet vert or